Au Cameroun, le maintien de l'ordre et la justice sont devenus un poulet aux oeufs d'or pour certains magistrats et hommes en tenues. Derrière les rafles spectaculaires annoncées comme des victoires contre la criminalité, se cache une mécanique cynique : arrestations de masse, cellules infectes, et libérations négociées contre rançon. Un scandale d’État qui transforme (certaisn) procuteurs et commandants des forces de l’ordre en preneurs d’otages.
Au Cameroun, une pratique aussi scandaleuse qu’institutionnalisée gangrène les services censés protéger les citoyens, au vu et au su de tous. Régulièrement, des rafles sont organisées par les forces de l’ordre. Des dizaines de personnes sont arrêtées en masse, entassées dans des cellules insalubres, puis leurs familles doivent négocier leur libération contre des sommes variant entre 50.000 et un million de FCFA, parfois plus. Innocents ou criminels avérés : tout le monde est placé sur le même pied, et c’est la capacité à payer qui décide de la liberté.
En novembre 2024, dans une des villes de l’Adamaoua, les gendarmes ont annoncé en grande pompe le démantèlement d’un réseau de trafiquants de drogue. Des habitants reconnaissent que certains trafiquants notoires ont effectivement été arrêtés. Mais des témoins racontent aussi que de simples consommateurs et même des passants se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment ont été raflés. Tous furent entassés dans des cellules surpeuplées et sans toilettes, où certains faisaient leurs besoins sur d’autres. Une semaine plus tard, la scène a viré au grotesque : les familles ayant payé ont vu leurs proches libérés, sans procès, sans procédure judiciaire. Parmi les accusés libérés figurent des trafficants connus et pris en flagrant délit, remis simplement en liberté.
En août 2025, rebelote. Même scénario, mêmes abus, parfois avec les mêmes victimes. Certaines familles qui avaient déjà payé quelques mois plus tôt ont de nouveau été rançonnées. « C’est un véritable commerce. Ils arrêtent, enferment, puis relâchent contre argent. Et tout recommence », dénonce un citoyen excédé.
Quelques autres témoignages recueillis :
- « Mon frère a été arrêté au marché de Meiganga, tout le monde sait qu'il ne consomme pas de drogue, mais un malheureux hasard a fait qu'il se trouvait là au moment de la raffle. Ils ont écrit toutes sortes de choses dans son dossier d'accusation et on nous a demandé 300.000 FCFA pour le libérer, soit disant même parce que nous avons attendu 4 jours avant de commencer à négocier. Quand on a payé 180 000 fcfa tout de suite, avec la promesse d'ajouter 70 000 fcfa après, ils l’ont relâché le soir même, sans explication. » (Un commerçant de Meiganga).
- « Ils ont entassé plus de trente personnes dans une cellule prévue pour dix. Pas de toilettes, pas d’eau. Certains faisaient leurs besoins là où ils dormaient. Ma famille a payé 125 000 fcfa pour que je sorte; j'avoue que je m'en sort bien bien parce qu'ils avaient trouvé de la drogue chez moi quand ils sont venus fouiller» (Un ancien détenu, août 2025)
- « Ceux qui avaient de l’argent sont sortis rapidement dès la première semaine. Les autres sont restés, parfois des semaines soit à la gendarmerie soir en prison lorsqu'on les "descendus", jusqu’à ce qu’un parent trouve la somme. Ceux qui avaien été envoyés en prison paient plus chers, sans oublier qu'il faut y acheter le matelas dans lequel le prisonnier dort, ainsi que des sommes de 'protection'» (Un membre d’une ONG locale de défense des droits humains)
Ce système mafieux, orchestré par des autorités administratives, policières et judiciaires, transforme l’État en réseau de preneurs d’otages. Les trafiquants de drogue et les autres grands criminels, eux, prospèrent : grâce à l’argent de leurs trafics, ils achètent leur liberté et bénéficient d’une impunité garantie. Pendant ce temps, les innocents vivent dans la terreur de se faire rafler et ruinés par des rançons imposées au mépris de toute loi.
Dans la plupart des villes, aucun véritable avocat ne peut défendre les victimes. Les rares auxiliaires de justice se contentent souvent de jouer les intermédiaires, ajoutant leur propre commission à la rançon exigée. Résultat : une justice confisquée, où les citoyens sont doublement piégés — par les criminels d’un côté, par les autorités de l’autre.
À l’approche de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, la lutte contre la corruption figure dans plusieurs programmes. Mais seuls des candidats comme Joshua Osih, Cabral Libii ou Akere Muna semblent porter une réelle volonté de rupture. Les autres, à l’image de Bello Bouba Maigari ou Issa Tchiroma, ont depuis des décennies participé au système qui a produit ce chaos.
La situation est intenable. Les forces de l’ordre qui devraient protéger les citoyens se comportent comme des racketteurs organisés. Et c’est la justice elle-même qui est prise en otage. Tant que ce système perdure, parler d’État de droit au Cameroun n’est rien d’autre qu’une farce.